L’art du charbonnier – refroidissement de la fournée

Depuis la veille au soir la fournée est « cuite ». Mon père avait bouché toutes les prises d’air mais il reste quelques mottes partiellement calcinées. L’opération de refroidissement va avoir un double but, étouffer totalement le feu et enlever tous les éléments qui pourraient polluer le charbon.

Charbonnier

D’abord, mon père enlève les mottes du pied de la fournée, il intervient toujours par petites zones pour ne pas créer des aérations qui relanceraient le feu dans la fournée.

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Une fois les mottes enlevées, on remarque en périphérie quelques morceaux de bois qui n’ont pas été transformés en charbon, les « pietioned » comme les appelait mon père dans un mélange de français et de breton. On aperçoit aussi la fournaise et on comprend mieux la nécessité de bien étouffer le feu avant de pouvoir extraire le charbon.

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Avec un râteau à longues dents, il enlève les « piétons ».

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Puis, il se sert de sa pelle pour nettoyer soigneusement les abords de la fournée.

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Maintenant que le sol est nettoyé, mon père enlève sur la fournée tous les éléments de surface qui pourraient encore se consumer et il les étale sur le sol.

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Il intervient toujours par petites zones pour éviter toute réactivation du feu. Lorqu’il enlève des mottes non consumées, on peut apercevoir le charbon, bien qu’il se soit affaissé on retrouve la position initiale du bois.

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Mon père ratisse les éléments enlevés pour ne conserver que la cendre qui sera remise sur la fournée. Pour compléter l’étanchéité il rajoutera sur cette cendre une petite épaisseur de terre fraîche et légère. On voit bien sur cette photo la zone recouverte de terre noire.

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Mon père récupère la terre fine couleur charbon en provenance des anciennes fournées.

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Mon père termine l’opération de refroidissement. Il lui aura fallu un peu moins de trois heures de travail. La fournée va maintenant rester une vingtaine d’heures revêtue de cette couche étanche. Il faudra quand même la surveiller de temps en temps et remettre ponctuellement un peu de terre si nécessaire.

A suivre, le tirage du charbon

L’art du charbonnier – carbonisation du bois

Hier, il aura fallu une douzaine d’heures pour que le feu atteigne le haut de la cheminée.
Avant de se coucher, mon père a percé, à mi-hauteur, une 2ème rangée de trous de tirage, également espacés de 40 cm. Dans la nuit, il s’est levé vers trois heures pour vérifier la fournée. Lors de cette surveillance nocturne il traque les éventuels appels d’air qui pourraient faire flamber le bois. Au lever du jour, mon père crée, tous les de 80 cm, une dernière rangée de trous, 20 cm au-dessus des autres.

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On est à peu près vingt quatre heures après la mise en feu.
La carbonisation progresse du haut vers le bas. Au début, la fumée a une couleur plutôt blanchâtre et le bois commence par s’affaisser autour de la cheminée.

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Pour accélérer ou ralentir le processus de la carbonisation, mon père ouvre ou ferme les trous d’évents.

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Lorsqu’il détecte une zone trop avancée, qui crée un affaissement localisé, il ralentit la combustion en supprimant toutes les entrées d’air proches de la zone.

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Une surveillance régulière, de jour comme de nuit, va être de plus en plus nécessaire. Mon père bouche toutes les prises d’air non désirées avec de la terre fine.
La fumée est encore blanchâtre, signe que l’on est toujours en début de carbonisation. Elle est quelquefois si épaisse qu’on a du mal à voir au travers. Son odeur âcre n’est pas trop désagréable mais se révèle parfois si intense qu’il est nécessaire de s’en éloigner.

Charbonnier

La fumée commence à changer d’aspect, on distingue des nuages de fumée bleue, signe que c’est « cuit », selon l’expression de mon père.
Avant d’aller se coucher il fait une inspection très minutieuse. Au cours de la nuit il devra intervenir au moins toutes les deux heures pour boucher les trous qui se seront formés.

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Quarante huit heures après la mise en feu, la fournée a bien changé d’aspect, elle s’est considérablement affaissée. La partie supérieure est complètement carbonisée, la fumée est totalement bleue presque transparente, une partie des mottes se sont transformées en cendres.

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Mon père vérifie la « cuisson » du bas de la fournée. Le craquement du bois sous la pression de son pied lui donne de bonnes indications sur le degré de carbonisation.

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Après soixante à soixante dix heures de « cuisson », en fonction de la nature et de l’humidité du bois, les vingt et un stères sont carbonisés.
Avant d’aller se coucher mon père va boucher, encore avec de la terre fine, toutes les entrées d’air. L’opération de refroidissement l’attend pour le lendemain après une nuit où il va devoir se lever une à deux fois pour surveiller la fournée.

A suivre, le refroidissement de la fournée…

L’art du charbonnier – couverture et allumage

Pour contrôler la carbonisation et que le bois se consume lentement, il est indispensable que la meule reçoive une couverture la plus étanche possible.
Beaucoup de charbonniers se contentaient d’une enveloppe constituée de mousses, de feuilles et de terre, mais mon père a toujours préféré une couverture plus élaborée qui assurait une meilleure étanchéité.

Charbonnier

C’est dans les sous-bois dénués de grosses végétations que mes parents coupaient de grandes mottes d’une dizaine de centimètres d’épaisseur. Bien que constituées de terre légère, ces mottes avaient suffisamment de consistance, par l’enchevêtrement des racines et des feuilles, pour être manipulées et vigoureusement plaquées sur le bois sans se casser.

Charbonnier

Les mottes sont plaquées sur le bois en commençant par la base, avec un recouvrement de l’ordre du tiers de leurs surfaces. C’est environ 140 mottes qui auront été nécessaire pour couvrir cette meule.

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Pour réduire au maximum les prises d’air, mon père recouvre les mottes avec de la terre. Cette terre avait été préalablement stockée autour de l’emplacement de la meule.

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A l’aide de son pic-tan (en breton tan=feu), mon père fait, en partie basse, une première rangée de trous de tirage espacés d’un quarantaine de centimètres. Il en fera d’autres plus haut après la mise en feu.

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Pendant que ma mère prépare le feu qui servira à l’allumage, mon père a stocké sur la meule les deux sacs de charbon pour l’alimenter.
On remarque, la motte amovible plus épaisse qui coiffe la cheminée.

Mon père a versé dans la cheminée du charbon sur une hauteur d’environ vingt centimètres puis une à deux pelletées de braises. Dès que le charbon est bien embrasé il remplit la cheminée avec du charbon.

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Pendant les douze premières heures et environ toutes les deux heures mon père rajoute du charbon pour maintenir pleine la cheminée afin que le feu atteigne le haut.
CharbonnierLe feu est arrivé tout en haut, on le voit à la fumée qui s’échappe pas les interstices des mottes.
Mon père monte une dernière fois sur la meule en faisant encore plus attention que d’habitude car le bois commence à être fragilisé. Même si elle n’a aucune utilité il prend toujours sa pelle munie d’un long manche qui lui servira d’appui au cas où il s’enfoncerait un peu dans la meule. A ma connaissance, cette mésaventure ne lui est jamais arrivée.
Il bouche alors définitivement le trou de la cheminée par une ou deux grosses mottes qu’il tasse avec son pied pour bien assurer l’étanchéité.

Maintenant la phase de la carbonisation va pouvoir commencer !

A suivre, la carbonisation