L’art du charbonnier – montage de la meule

C’est avec ses pieds, en guise de mètre, que mon père repère le centre de la meule. A cet endroit, il bâtira la cheminée indispensable à l’allumage. Un lit de charbon à été disposé sur cette partie centrale pour favoriser la prise du feu.

Charbonnier

La base de la cheminée est de forme triangulaire. Les morceaux de bois, choisis parmi les plus droits, sont croisés et posés les uns sur les autres.

Charbonnier

La cheminée commence à monter. Il faut veiller à sa verticalité. On remarque le bois qui servira au montage de la meule, essentiellement du chêne et du hêtre coupés à un mètre de long. Il est disposé tout autour de l’emplacement et trié en fonction de sa grosseur. Il faut compter environ 7 cordes soit 21 stères pour une meule.

Charbonnier

C’est avec la plus grande attention que mon père édifie la cheminée qui atteindra au final deux mètres de haut. Je ne l’ai jamais vu confier à quelqu’un d’autre cette construction qui conditionne en grande partie la stabilité de la meule de bois.

Charbonnier

Mes parents, tournent autour de la cheminée en plaçant un à un les morceaux de bois contre la cheminée. Les plus gros morceaux qui demandent plus de temps pour être carbonisés sont placés en premier.

Charbonnier

Pour édifier la meule, mes parents dressent, avec beaucoup de soin, le bois sur deux niveaux. L’inclinaison du bois augmente, au fur et à mesure que le cercle s’agrandit. La rangée supérieure est encore un peu plus inclinée.

Charbonnier

La meule de bois est pratiquement terminée. Les morceaux de bois doivent être serrés les uns contre les autres, sans enchevêtrement, de manière qu’à la cuisson la meule s’affaisse doucement sans s’effondrer.
Il faut veiller à ce que la dernière rangée ne présente pas de morceaux de bois trop tordus ou trop saillants qui poseraient des problèmes pour la couverture.

Charbonnier

Le trou de la cheminée: c’est par cette ouverture que mon père allumera la meule.

A suivre, la couverture et l’allumage…

L’art du charbonnier – travaux préparatoires

CharbonnierA l’arrivée en forêt, c’était toujours le même cérémonial, nettoyage de l’intérieur de la baraque puis des abords envahis par la végétation.
On restait sur le même site tant que la totalité de la coupe de bois n’avait pas été carbonisée. Tous les deux à trois ans, on déménageait dans une autre forêt. Alors mes parents repéraient les emplacements des anciennes meules de charbon et s’installaient à proximité.
Mon père remettait en état ces emplacements en décapant la surface du sol avec une marre, houe arrondie, jusqu’à faire apparaître une terre noire formée par la poussière et les résidus de charbon. Il enlevait alors cette terre fine sur une quinzaine de centimètres et la disposait en cordon tout autour de l’emplacement. Cette terre servira plus tard à recouvrir la meule.
A partir des années soixante dix, mes parents n’ont plus changé de lieu. Ils installèrent définitivement leur baraque préfabriquée dans la forêt de Boblaye.

Charbonnier

Au 1er plan, un emplacement d’environ 7m de diamètre

A partir de cette époque, les travaux préparatoires furent réduits au minimum. Le décapage des emplacements n’était plus nécessaire, puisque les mêmes servaient d’une année à l’autre. De plus, les bûcherons livraient le bois à proximité ce qui évitait le travail pénible de brouettage des cordes de bois qui auparavant étaient disséminées dans la forêt.

A suivre, le montage de la meule

L’art du charbonnier

Pour fabriquer du charbon de bois, tout l’art du charbonnier réside dans la maîtrise du feu. Il faut savoir brûler doucement le bois, juste à point, sans trop le consumer, pour éviter qu’il se réduise en braise mais suffisamment pour qu’il se transforme complètement en charbon.
CharbonnierMon père, descendant d’une longue lignée de charbonniers, maîtrisait parfaitement cette technique qu’il tenait de son père et de son grand-père.
Je l’ai vu bien souvent à l’œuvre, pour avoir passé la majeure partie des vacances scolaires d’été en forêt.
A partir des années soixante, ce travail devint marginal dans l’activité de mes parents. Mon père continua, par goût du métier, à carboniser quelques meules de bois jusqu’au milieu des années quatre-vingt dix. Il a été à ma connaissance le dernier charbonnier de Bretagne en activité. Pour garder une trace de ce métier qui a pratiquement disparu, j’ai réalisé à cette époque un reportage photographique dans la forêt de Boblaye (56 Meslan).
Mon père parlait toujours avec beaucoup de passion de son métier, je ne crois pas l’avoir entendu se plaindre. Bien au contraire, c’était toujours avec plaisir qu’il partait pour Boblaye où il était très heureux de présenter son travail aux personnes qui venaient lui rendre visite.
En souvenir de lui, j’essaie à ma manière de faire découvrir ce métier hors du commun et je suis certain qu’il serait heureux que je continue à en parler.
En m’appuyant sur mes photos et mes notes ainsi que sur mes souvenirs, je vais vous proposer tout au long de la semaine une série d’articles sur les différentes phases de la fabrication artisanale du charbon de bois. Ensuite, vous en saurez autant que moi sur ce métier et vous serez en mesure de fabriquer vous-même du charbon pour vos grillades !

A suivre, les travaux préparatoires…