Fils de charbonnier !

La vie en forêt tient une place très importante parmi mes premiers souvenirs d’enfance. Ils remontent aux années 50 et 60, à l’époque où mes parents profitaient des vacances scolaires pour fabriquer du charbon de bois.
A cette époque mon père exerçait de manière traditionnelle un métier qui a aujourd’hui quasiment disparu et que lui avaient transmis son père et son grand-père. D’après mes recherches généalogiques, tous mes ancêtres paternels ont exercé le métier de charbonnier.

Mes tous premiers souvenirs me ramènent en forêt de Pont-Calleck à Berné, au début des années 50, je devais avoir 6-7 ans. Je n’ai aucun souvenir du travail de mon père, à cet âge ce n’est sans doute pas ce qui m’intéressait. Par contre je me rappelle avoir été ramasser des châtaignes avec ma grand-mère et d’avoir vu des chevreuils tout près de notre cabane.
Un peu plus tard, c’est avec toute la famille, mon père, ma mère et Gaëdick, ma sœur cadette, que nous partions vivre en forêt pour une période d’une à deux semaines.
Nous vivions dans une cabane aménagée très sommairement: une table surmontée d’un petit garde-manger, deux bancs, un poêle et les lits constituaient l’aménagement intérieur. Cet aménagement, pour le moins spartiate, ne m’a jamais posé de problèmes car ma vie se passait essentiellement à l’extérieur auprès des meules de charbon.
De temps en temps je donnais un coup de main à mes parents pour approcher le bois et le stocker autour des emplacements, mais la plupart du temps je jouais seul ou avec Gaëdick. A l’époque, nul besoin de jouets pour occuper mes journées, la forêt, souvent bordée par un ruisseau ou une rivière, m’offrait un véritable terrain d’aventures.
J’aimais aussi écouter mon père raconter inlassablement et toujours avec la même verve des histoires sur son enfance et sur ses ancêtres. Les plus savoureuses concernaient son grand-père Jacques, une figure pittoresque que j’ai eu la chance de connaître.

Jacques guégan vers 1930

Jacques Guégan (photo vers 1930)

Mes parents déplaçaient la cabane pour changer de forêt, en fonction de l’abattage des taillis. La plupart du temps c’était dans la forêt de Boblaye à Meslan(56).

Mais nous avons été aussi aux Salles et à Nargoät sur la commune de Querrien(29)

charbonniers vers 1930

Mon père et sa sœur entourés par leur grand-père Jacques et leur oncle Yvon
(photo vers 1930)

Un jour, dans la forêt situé près du village des Salles, nous avons eu une des plus grandes peurs de notre vie, la disparition de Gaëdick. Pendant que mes parents étaient occupés autour de la meule, Gaëdick, qui devait avoir 3 ou 4 ans, avait disparu. Malgré nos recherches et nos appels à tue-tête, aucun signe de sa part.
Je me rappelle qu’une peur panique s’est emparée de mes parents. La rivière de l’Ellé coulait à proximité. Il me semble qu’ils avaient alerté les fermiers des Salles, mais personne n’avait aperçu ma sœur. Soudain nous l’avons vu arriver par un sentier. Elle chantait en rentrant de sa longue promenade, un morceau de bois lui servait de canne.
Tellement contents de ce dénouement, je crois que mes parents n’avaient pas dû beaucoup la gronder.

Quelquefois, nous avions la chance d’être installés à proximité d’une ferme et de trouver des enfants de nos âges pour jouer.
C’est ainsi qu’à Nargoät, je crois que j’avais 9 ans, je fis la connaissance de Victor qui avait le même âge et de sa sœur Marie-Noëlle légèrement plus jeune.
Pendant les quelques semaines où mes parents travaillaient à quelques centaines de mètres de la ferme, Gaëdick et moi passions l’essentiel de notre temps à jouer avec eux.
Ensuite, nous nous sommes perdus de vue, jusqu’au soir du 1er janvier 1965 où, grâce à une amie commune, je rencontrais à nouveau Marie-Noëlle. Nous nous sommes mariés, l’année suivante.

37 réflexions au sujet de « Fils de charbonnier ! »

  1. Bonsoir Joseph , j’aime bien quand tu racontes ces souvenirs.
    J’ai fait quelques recherches sur les charbonniers en Alsace , et je retrouve tout ça dans ton récit.
    Heureux épilogue : un mariage !
    Merci pour ce partage . Bisous et à bientôt.
    Francine.

  2. Bonsoir Joseph.Tu ne t’es pas ennuyé dans ta jeunesse.C’est vrai qu’en ce temps-là,on jouait souvent dehors et on trouvait toujours à s’amuser.Tu gardes de bons souvenirs de cette époque et aussi de ta seconde rencontre avec Marie-Noëlle,ton épouse.Vous avez fait un sacré bout de chemin ensemble.47 ans,c’est un bail.Ce sont les Noces de Cachemire.Bientôt les Noces d’Or.Nous sommes en retard de 3 ans sur vous.Pour l’instant nous en sommes aux Noces de Flanelle…..une histoire de tissus.Lol.
    Bonne soirée.A bientôt.

  3. Mais ce nouveau blog … J’aime. je préfère l’écrit au photo et tu as une belle plume. J’aime comment tu racontes tes souvenirs d’enfance. Les charbonniers ne font pas partie de mes souvenirs d’enfance mais les bougnats auvergnats qui tenaient des cafés et vendaient du charbon, c’est toute mon enfance… Continues Joseph à nous raconter tes souvenirs. Belle nuit.

  4. De beaux et bons souvenirs , il ne fallait pas grand chose pour jouer , juste être dans la nature .Ton histoire me fait penser a la vie d’une grande amie agée de l’Aveyron .Eux étaient bougnats et montaient travailler a la capital disait-elle. Toute une époque .
    Et aussi un heureux dénouement
    Bonne soirée a toi .

  5. Un grand merci Joseph, de partager ces moments. J’aime lire ces histoires vraies d’une vie simple et comme je suis une incorrigible romantique, j’adore quand elle se terminent par un mariage que l’on aime se remémorer. Car je sens que c’est ton cas…
    Bonne fin de soirée.

  6. c’est si bien raconté ! je crois avoir déjà lu ce récit sur ton autre blog . ces tranches de vie sont importantes pour les enfants que vous étiez jadis et l’épilogue est super sympathique .
    bises

  7. C’est vraiment très beau l’histoire de ton enfance Joseph même si les conditions de vie étaient dures, je vois que tu en a des souvenirs à jamais gravés dans ta mémoire !!
    Merci de cette belle page et sympa les retrouvailles avec ton amie-épouse , la vie est remplie d’imprévus n’Est-ce pas pour ton plus grand bonheur !!
    Mes bises frisquettes pour une douce soirée à toi !
    Nicole

  8. De beaux souvenirs qui pourront interesser d’autres personnes après toi. J’ai moi-même écrit et autoédité un livre sur l’origine et la vie de mon village et j’ai commencé à mettre quelques extraits sur mon blog que tu connais. Ce livre a eu beaucoup de succès auprès de ma grande famille et mes nombreux amis.
    A bientôt l’ami, pour la suite

  9. Bonsoir Joseph,
    Quel hasard la vie, tu vois comme quoi,nous allons vers notre destin….. les retrouvailles de Marie Noëlle. Beaucoup de métiers ont disparu, et, c’est bien dommage,
    Bonne soirée
    Roguidine

  10. bonsoir Joseph … j’ai adoré cette page de vie …. en plus des photos ympa, terriblement humaines et qui « parlent » et une présentation facile à lire …
    tu étais fils de charbonnier, je suis fille de mouleur sur fonte … deux métiers où les mains de nos papas étaient bien noires … lol
    gros bisous et merci pour cette séquence émotion – bon jeudi

  11. Bonjour, Joseph.
    J’ai pris beaucoup de plaisir à te lire, et à voir les photos.
    Les choses évoluent tellement vite que l’on pourrait facilement oublier ce qui a été un passé pas si loin que ça. C’est un hommage qu’il faut rendre à ceux qui nous ont précédé. J’ai toujours en face de moi, dans mon coin ordi, une photo de mon grand-père que je n’ai pas connu. Il n’a jamais été plus loin que 27kms dans sa vie, mais il en savait sans doute autant ou plus que moi

  12. Je passe la main sur les bateaux , j’aime la photo des années 30 , de bons souvenirs pour toi …… aujourd’hui , je ne sais pas si ils aimeraient la vie de nos jours ????
    Amitié sincère .

  13. Bonjour Joseph,
    une très belle histoire qui se termine bien. Très agréable de lire ton histoire, c’était une époque où nous n’étions pas exigeant, on savait jouer avec peu et nous n’étions pas malheureux même s’il n’y avait pas beaucoup d’argent à la maison. On se débrouillait toujours.

    Passe une bonne fin de journée.

  14. Merci Joseph d’avoir partagé un bout de ton enfance. Nous n’avions pas les moyens d’aujourd’hui, nous nous contentions de peu mais que de bons souvenirs.Même les moments difficiles nous reviennent avec l’impression que c’était ainsi, pas autrement….Je te/vous souhaite de continuer encore longtemps cette route ensemble!
    Gros bisous du soir de Mireille du Sablon

  15. Bonjour
    je découvre votre blog, et je trouve vos articles sur vos souvenirs d’ enfance très émouvants, et aussi très intéressant.
    C’est un peu ce que j’ai essayé de faire au début de mon blog en parlant de l’ Yonne mon département d’ origine.
    C’est important de savoir d’ où l’ on vient .
    Notre fils aîné est pas très loin de chez vous ,il habite à La Gacilly depuis un an.
    Bonne journée
    jp

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